mardi 27 septembre 2016

Le mardi soir

L'article du jour est un peu particulier. Ce n'est pas moi qui l'ai écrit, mais l'homme.
Et cette ode à nos mardis soirs, je la trouve absolument magnifique.


Le mardi soir, la mécanique implacable de l’horloge-semaine s’est mise en route depuis plus de quarante huit heures. Mais étrangement, son cliquetis se fait moins bruyant, parfois il est même inaudible. Le mardi soir n’aime pas trop faire de bruit de peur que les autres soirées découvrent son existence. C’est un oasis de silence dans le désert assourdissant de la semaine. Caché entre les inéluctables deux premiers jours et celui des enfants (qui, au regard de la fatigue parentale à la fin de cette journée, porte très bien son nom !), il est à l’endroit parfait. Dans l’entre-temps.
Le mardi soir est un de ces instants où, de manière quasi invisible, l’air ambiant s’imprègne de magie; la magie du contre-sort.
Vers dix huit heures, après être rentré du travail, l’un d’entre nous ira chercher les courses accompagné d’un ou deux de nos petits bouts. On mangera les restes de quiches d’hier soir pour le souper. Avec un peu de salade et de fromage, ça fera très bien l’affaire. Mieux, ce sera parfait ! Le mardi soir, on n’a ni le temps, ni l’envie de préparer un vrai repas du lundi.
Puis, presque comme tous les soirs, vers vingt heures, on ira coucher les enfants, on pourrait leur donner un bain mais ce soir ce sera plutôt une douche, on verra demain pour le bain, on aura plus le temps...
Doucement, imperceptiblement, les rituels familiaux, parfois semblables aux tables de la Loi, sont bouleversés. Une minuscule faille est apparue dans le pentagramme hebdomadaire et nous nous y engouffrons avec un plaisir non feint.
On mettra les enfants en pyjama, on lira l’histoire, on chantera les chansons et ils s’endormiront presque comme chaque soir...
Demain, ton travail est à la maison. On sait qu’on pourra dormir un peu plus tard et même si les enfants ne nous en laissent pas vraiment l’occasion, ça reste possible.
Presque comme chaque soir, nous nous mettrons dans le canapé où nous dégusterons un thé ou un alcool, juste un peu plus lentement. Nous lirons des passages des livres qui nous plaisent en écoutant de la musique, juste un peu plus longuement. Sachant qu’on se couchera un peu plus tard que d’ordinaire, nous étirerons une à une les minutes afin que le temps s’écoule un peu moins vite.
Le bonheur du mardi soir est souvent fait d’un amoncellement de petits plaisirs presque anodins. Il se niche dans les «presque comme » et dans les « un peu ».
Et puis parfois, sans raison autre que le hasard du jour, le sujet de discussion ou la beauté du temps, le mardi soir se transforme en explosion de l’inattendue, en conflagration de l’imprévisible. Guidés par l’impérieuse nécessité de se savoir en vie, sur un coup de tête, pariant contre nos propres capacités, on décide d’aller pique-niquer sur la plage, de courir sur le sable en faisant semblant d’éviter les vagues, de chercher des cailloux-souvenirs que l’on pourra ramener comme trésors. Et l’on goûte au plaisir de rouler dans la douceur de la nuit, les enfants endormis à l’arrière de la voiture et ta main posée sur la mienne dans le silence de l’habitacle. Dans ces heures apaisées, à l’abri du monde, on sait que l’utopie n’existe pas. Jeudi est encore loin.
Le mardi soir est un amuse-bouche de week-end qui a le double goût de l’antédimanche soir.   

lundi 26 septembre 2016

Un dimanche à la fête des I. D. (initiatives durables)

Ce dimanche, nous avons profité de l'ouverture de Geotopia au public à l'occasion de la Fête des I. D., à savoir "Initiatives durables".

Photo : www.geotopia.fr

Pour vous resituer les choses, Geotopia est une "Maison de la Nature", située à quelques kilomètres de chez nous. Elle a été créée en 2008 par la communauté de communes Artois-Lys et a pour vocation d'initier tous les publics à la préservation de l'environnement. Cela passe par tout un tas d'animations au cours de l'année (ateliers jardinage, formations apiculture, etc.), par des accueils de classes et des ouvertures au public.
Sur place, vous pouvez déambuler dans un jardin biologique. Le site dispose de salles dédiées aux ateliers, d'un centre documentaire, de ruches, d'un télescope qui ravit les férus d'astronomie, ainsi que d'un embarcadère (le canal d'Aire est adjacent).

J'en avais déjà entendu parler mais n'y avais jamais mis les pieds. C'est désormais chose faite grâce à notre petite sortie dominicale !

Si vous voulez en savoir un peu plus, c'est par ici !

Hier, donc, la fête des I. D. a réuni des acteurs locaux sous forme de stands qui, en ce qui nous concerne en tout cas, ont intéressé les petits comme les grands.

Si les enfants ont adoré faire leur plantation de petits pois, observer les courges et faire une petite course de brouettes, nous adultes avons butiné quelques informations parmi les stands dédiés à l'isolation de l'habitat, aux produits ménagers et cosmétiques maison, à la ressourcerie, etc.
Nous n'avons en revanche pas fait la balade en péniche à la découverte des paysages de la plaine de la Lys car nous n'étions pas sûrs de tenir une heure assis sur un bateau avec deux enfants en bas âge sans en jeter un à l'eau (humour...).

 
 
 
 

Je suis partie sans mon appareil photo, donc les quelques images que j'ai ne sont pas à la hauteur de la manifestation qui était ma foi fort sympathique.

Je vous reparlerai peut-être à l'avenir de cet endroit car sur ce site sont implantés des éco-lodges dans lesquels nous aimerions bien faire un petit séjour.
J'ai découvert ce concept il y a peu : sur le principe des cabanes de randonneurs existant en Belgique, tout près de chez nous, des gîtes écologiques, à ossature bois et bâtis sur pilotis, ont été construits le long des berges de la Lys, et à proximité d'un réseau cyclable. Vous pouvez donc effectuer une randonnée à vélo sur plusieurs jours à travers le Nord-Pas-de-Calais et la plaine de la Lys en faisant des haltes dans ces éco-lodges. Nous avons découvert cette idée charmante grâce à un article de presse au sujet de Lys sans frontières.
L'idée est très chouette, vous ne trouvez pas ?

(je précise que cet article n'est pas sponsorisé et que les liens insérés ici le sont de mon plein gré!)

jeudi 22 septembre 2016

Pin up d'un jour : Béthune rétro baby !


S'il y a bien un événement annuel emblématique de ma ville, c'est celui-ci : Béthune rétro !
Un festival fifties / rockabilly sur fond de vintage, de relookings pin up et de vieilles voitures.

Voilà maintenant quatorze ans que ce festival existe, au moins dix ans que j'y traîne mes guêtres de façon plus ou moins assidue, et je crois que j'y prends chaque année plus de plaisir que la précédente.
Depuis cinq ou six ans, je faisais un effort vestimentaire pour être dans le thème, cette année, j'ai joué la carte vintage à fond (robe vintage cousue mains trouvée sur etsy), tout bonnement parce que j'assume désormais complètement !

Lors de ce festival, de nombreuses voitures anciennes sont exposées en ville, vous pouvez également déambuler dans des "market" sur plusieurs places du centre ville et y chiner de la déco, des vêtements, etc. Plusieurs stands de relooking et coiffure façon pin-up, ainsi que des barbiers à l'ancienne font fureur. Il y a évidemment de nombreux concerts, des sessions rock'n roll avec piste de danse. Des effeuillages burlesques. Le festival s'ouvre généralement par la projection d'un film typique années 50 (il y a quelques années, cela se faisait en extérieur en mode drive in! Désormais je crois que ce n'est plus d'actualité). Bref, c'est très bien organisé et l'ambiance est ultra festive !

lundi 19 septembre 2016

Vers une penderie responsable


 
 Je vous en parlais lors de notre bilan de l'année par ici,  l'un des domaines où nous avons une grosse marge de manœuvre pour tendre vers l'éco-responsabilité est celui des achats vestimentaires.
Pour moi, il y a plusieurs points à prendre en compte dans la "consommation" des vêtements, si tant est qu'on veuille agir de façon plus responsable :
- acheter moins, et jeter moins
- acheter mieux : privilégier la seconde main et, quand ce n'est pas possible, s'orienter vers les marques éco-engagées ou locales. Choisir aussi mieux les vêtements en terme de coupe, de taille, etc.
- jeter mieux : revendre sur les brocantes ou en ligne, donner aux œuvres caritatives
- faire soi-même (quand on coud un peu et qu'on tricote, tout de même, c'est réalisable...)

jeudi 15 septembre 2016

Le dernier Foenkinos : Le Mystère Henri Pick

Depuis que j'ai découvert Foenkinos il y a quelques mois, il est sans conteste devenu mon auteur préféré.
Pour moi, Foenkinos, c'est le sens de la formule, de la petite phrase qui vise tout droit dans le mille. C'est l'impression assez étrange que chaque bouquin lu parle de ma vie, et je me dis que son écriture doit tendre vers l'universalité pour toucher autant. 

Le Mystère Henri Pick est son dernier roman. 
L'histoire d'un manuscrit-chef-d'oeuvre trouvé au fin fond d'une bibliothèque bretonne consacrée aux manuscrits refusés par les éditeurs. L'idée est empruntée à Richard Brautigan et a fait l'objet d'autres romans d'autres auteurs d'ailleurs.
Je n'en dirai pas beaucoup plus sur le contenu de l'intrigue, car tout tourne effectivement autour de cette question.

En revanche, je peux vous dire ce que j'en ai pensé. C'est un roman que j'ai aimé, que j'ai dévoré, mais je dois dire qu'il me laisse complètement sur ma faim.

Les 286 pages m'ont laissé un goût de trop peu. J'ai trouvé les personnages un peu survolés parfois, il m'a manqué de la matière pour m'attacher réellement à eux. Même si la description de certains est superbe : je pense à celle de Gourvec, le bibliothécaire (cf. plus bas). La Bretagne aussi, est un peu trop accessoire peut-être, en ce qui concerne le décor.
Je suis assez sévère, car c'est un bouquin qui m'a malgré tout beaucoup plu, mais en comparaison avec La Délicatesse ou Les Souvenirs, j'ai trouvé que c'était en dessous. L'incipit, notamment, manquait d'un quelque chose. Peut-être que j'aurais dû le lire plus tôt, j'aurais été moins dure. Ou peut-être que je ne l'ai pas lu comme je l'aurais dû... Ai-je été distraite pendant que je lisais, si bien que je ne l'ai pas savouré comme il le méritait ? 

Toutefois, j'ai beaucoup apprécié toute la réflexion sur ce qui fait qu'un livre se vend ou ne se vend pas, de nos jours, et sur le fait que finalement, on s'attache plus à l'histoire qui entoure la parution d'un livre qu'à son contenu. J'en viens même à me demander si je n'ai pas été plus séduite par l'idée de lire un livre qui parle d'une bibliothèque des livres refusés que par l'intrigue elle-même du Mystère Henri Pick, voyez-vous ?  J'avais placé une très grosse attente dans ce bouquin à partir de ce que j'en avais entendu et de son point de départ. (Je réfléchis peut-être un peu trop parfois, je vous le concède)

(Ne me demandez pas pourquoi il y a un bol de céréales sur cette photo. Je trouve juste ce bol joli, et je mange souvent quand je lis...)

Quelques extraits... :

p. 15 
"Jean-Pierre Gourvec (...) était un de ces hommes qui préfèrent leur région à leur patrie, sans pour autant que cela fasse d'eux des excités nationalistes. Son apparence pouvait laisser présager le contraire : tout en longueur et sécheresse, avec des veines gonflées qui lui striaient le cou et une pigmentation rougeâtre prononcée, on imaginait immédiatement qu'il présentait la géographie physique d'un tempérament colérique. Loin de là. Gourvec était un être réfléchi et sage, pour lui les mots avaient un sens et une destination. Il suffisait de passer quelques minutes en sa compagnie pour dépasser le stade de la première et fausse impression; cet homme offrait le sentiment d'être capable de se ranger en lui-même."

Voilà une description que je trouve grandiose et qui me donne l'impression de ne pas savoir aligner trois mots !

p. 93
"Ses deux filles étaient parties ouvrir un restaurant ensemble à Berlin, et Joséphine leur avait rendu visite quelquefois. En déambulant dans cette ville à la fois moderne et marquée par les cicatrices du passé, elle avait admis qu'on pouvait dépasser les ravages non pas en les oubliant mais en les acceptant. On pouvait composer un bonheur sur un fond parsemé de souffrances. Mais c'était plus facile à dire qu'à vivre, et les humains avaient moins de temps que les villes pour se rebâtir. Joséphine parlait souvent avec ses filles au téléphone, mais ce n'était pas réconfortant; elle voulait les voir. Son ex-mari l'appelait aussi de temps en temps, pour prendre de ses nouvelles, mais cela ressemblait à une corvée, une sorte de service après-vente de la rupture. Il minimisait le bonheur de sa nouvelle vie, alors qu'il était profondément heureux sans elle. Bien sûr, il n'aimait pas penser aux dégâts qu'il avait laissés derrière lui, mais vient un âge où l'urgence empêche de refuser le plaisir."

J'aime cet extrait pour sa référence à Berlin, ville que j'ai adorée justement pour cette ambivalence entre ultra-modernité et traces d'un passé douloureux. Et puis la dernière phrase est simplement juste.

p. 271
"Son roman dévoilait ses sentiments, qui finalement avaient été si puissants, au point qu'il n'avait plus jamais aimé aucune femme par la suite. Elle admettait maintenant qu'elle avait ressenti la même chose. Cela avait donc existé, et c'était peut-être ça le plus important. Oui, cela avait existé. Tout comme les récits lumineux qu'elle formait au cœur de son obscurité. La vie possède une dimension intérieure, avec des histoires qui n'ont pas d'incarnation dans la réalité mais qui pourtant sont vécues."
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Un jour je vous raconterai peut-être (ou pas) comment Foenkinos est intimement lié à des bouleversements de ma vie et à quel point je me dis parfois qu'il n'y a pas de hasard.
Car bizarrement, le jour où j'ai emprunté Le Mystère Henri Pick à la médiathèque, je suis tombée (par hasard?) sur un autre livre : Au paradis des manuscrits refusés, d'Irving Finkel. 
Ce sera ma prochaine lecture ! 

mercredi 14 septembre 2016

Les cailloux


Mercredi, j'ai serré très fort mon caillou blanc. Comme chaque fois qu'un instant décisif se présente à ma vie depuis que je l'ai trouvé, je l'ai saisi entre mes doigts, l'ai entouré jusqu'à l'absorber dans ma paume, mon pouce se logeant naturellement dans le creux de l'une de ses faces, comme si quelqu'un l'avait déjà usé de ses mains avant que je ne le trouve sur la plage des vacances.

C'est un petit caillou très clair, presque translucide. Il brillait près du lac, le premier jour, au milieu de ses ternes congénères. Et c'est étrangement le dernier jour que j'ai trouvé un caillou similaire quoiqu'un peu plus petit et plus régulier.

Le ramasser. Le serrer fort pour y répandre la chaleur de mes mains, et y glisser en même temps celle du soleil qui brûlait ma peau ce jour-là. L'odeur des arbres, mêlée à celle de la crème solaire. Le clapotis de l'eau, les cris d'enfants. Le bruit de la pelle en plastique qui creuse le sable quasi gravier. Du verdoyant, de l'éblouissant. La sensation un peu rêche du drap de plage sous mes pieds. Et mes souhaits pour demain. 
Il y a tout cela dans mon caillou des vacances, comme il y a moult autres sensations dans les galets et les coquillages que mes doigts choisissent sur les plages et glissent dans mes poches, lesquelles trimbalent ainsi mille ambiances au fil de l'an.

Depuis mercredi, j'avais perdu mon caillou. La semaine, sans lien aucun avec cette perte, avait été terne. Ce matin, j'ai remis la main sur cette petite pierre qui n'a de sens pour personne mais qui me restitue, chaque fois qu'elle est entre mes doigts, la chaleur de l'été et tout l'espoir que j'avais placé en demain.

La journée sera belle...

Je vous laisse avec une idée de lecture ultra réconfortante, un classique de ma bibliothèque, une révélation à mes 16 ans.
Ainsi qu'avec un morceaux qui enrobe déjà ma matinée de sa douceur.


lundi 12 septembre 2016

Miroir aux alouettes



Cet été, deux hommes m'ont fait grandir.

Cet été, j'ai appris que les hommes et les femmes qui s'aiment ne s'appartiennent pas. J'ai appris qu'on pouvait tomber amoureux de quelqu'un d'autre alors qu'on est en couple, malgré toutes les valeurs de respect et de fidélité auxquelles on pouvait croire. 

Cet été, alors que mon couple battait de l'aile depuis plusieurs mois, j'ai rencontré quelqu'un qui m'a rendue vivante. Il y a des personnes dans la vie dont on sait en un fraction de seconde qu'elles seront rares. Rares et "beaucoup" à la fois. Je l'ai saisi, lui et sa formidable rareté. Nous avons vécu ce que nous avions à vivre, nous nous sommes même laissés emporter bien au-delà des limites que nous avions fixées. Aujourd'hui, il a choisi de me laisser sur le bord de la route. Même si choisir, c'est mourir un peu, c'est en moi que quelque chose est mort ce matin. J'ai un trou à l'hypogastre de la taille d'une pastèque. Comprenne qui pourra.

En parallèle, il y a cette évidence d'homme qui m'accompagne depuis onze ans et qui n'a cessé d'être là, avec ses erreurs de parcours aussi (mais ne dit-on pas que qui ne se plante pas ne pousse jamais ?).
Nous avions "tout". Tout ce qu'il faut pour être heureux dans cette société qui met en avant le culte de la parfaite petite famille française. L'épreuve que nous venons de traverser a chamboulé notre vie. Aujourd'hui, nous sommes séparés, mais nous partageons toujours le même toit et n'avons pas envie de divorcer. Pourtant, tout a changé. Dernièrement nous avons abattu une cheminée à la maison, ça nous a permis de redisposer tous nos meubles différemment, et c'est fou comme symboliquement, grâce à cette cheminée, c'est nous qui avons cheminé. 

Nous étions en train de mourir dans notre couple. Les gens n'ont rien vu, les gens ne comprennent toujours pas aujourd'hui. Parce que j'ai l'impression que lorsqu'on a tout, d'ailleurs, on n'a pas le droit de se plaindre. On est un repère pour les autres. Mais l'enfer, justement, c'est les autres. Non, notre mariage il y a trois ans n'était pas une mascarade, contrairement à ce que certaines personnes sous-entendent. Mais au cours de ces trois années, nous nous sommes perdus. Appelez ça le quotidien, la routine, bref, nous nous sommes éloignés l'un de l'autre tout doucement, jusqu'à ne s'aimer presque plus. 

Nous nous étions trompés de combat. On court après les projets : CDI, mariage, maison, bébés.. Et après ? Le diktat social et le matérialisme nous fourvoient, j'en suis persuadée. 

Mais il y a eu, entre autres, Sangatte. Sangatte et plein d'autres moments qui nous font envisager la suite différemment. Le premier jour du reste de notre vie.
Nous continuons la route ensemble, séparément mais ensemble. Nous ne nous appartenons pas. Nous nous aimons, même si nous ne savons plus trop comment (comme des amoureux ? comme des membres d'une même famille ?). Est-ce bien nécessaire de devoir tout définir tout le temps, après tout ?
Il y a bien ce "nous" qui persiste malgré tout. Un "nous" qui n'a plus aucune envie de se laisser enfermer et endormir comme il l'a été ces dernières années. Un "nous" qui a conscience que l'exclusivité est un miroir aux alouettes et que laisser la porte de la cage ouverte permet parfois simplement de faire de la cage un choix. 

Je mesure l'impudeur de cet article, je sais à quel point il est intime. L'écrire m'aide en même temps à apprivoiser l'abîme de tristesse dans lequel je suis plongée en devant renoncer à ce "beaucoup". Le fameux processus du deuil.

Malgré tout, je pense que cet article est justement l'un des plus intenses de ce blog. Parce que je n'ai jamais vécu aussi intensément que ces deux derniers mois.
Je crois que les soucis de couple, les infidélités, les séparations sont des sujets terriblement tabous dans notre société pseudo ouverte d'esprit. La pression sociale est partout. Le jugement est partout. 
En vérité, j'ai conscience aujourd'hui que personne n'est à l'abri de "tromper" son conjoint, et qu'on ne sait jamais vraiment ce qui se passe chez les autres, derrière la porte.
Je sais aussi que les expériences à priori destructrices sont celles qui permettent de vraiment repartir de zéro. Quand on fait table rase, il n'y a pas de possibilité de rafistolage. Tout est à reconstruire. C'est éprouvant, mais c'est bon.